Une étiquette dans le front

Je concède : des morons sur la route, y'en a partout. Autant chez les cyclistes que chez les automobilistes. Mais justement : faut arrêter de se mettre une étiquette dans l'front pis de mépriser ceux qui ont une étiquette différente.


L’autre jour, sur Facebook, je suis tombé sur un vidéo dans lequel un jeune homme partage son point de vue sur les cyclistes et leur utilisation du réseau routier. Le gars a pour avis que les cyclistes n’ont pas leur place sur les routes destinées aux automobiles, et qu’ils doivent rester sur les pistes cyclables. Jusque là, rien d’anormal : c’est une des critiques les plus communes envers la communauté cycliste, et effectivement, plusieurs ne restent pas en permanence sur la piste cyclable pour des raisons que j’explique plus bas.

Regardez le vidéo en question, juste pour vous mettre dans le bain.

Ce qui me met mal à l’aise — je dirais même, ce qui me dégoute — avec ce vidéo-là, c’est la réponse qu’il suscite. La majorité des commentaires publiés en réponse à l’opinion qui y est partagée vient soutenir celle-ci et l’appuyer avec ardeur. Les propos haineux, les menaces de violence et les attaques personnelles («va chié criss de tata», «tayeul!!», «T cave lol», toujours dans un français des plus excellents) fusent de partout dans cette discussion où presque tous semblent d’accord que les cyclistes sont des imbéciles qui devraient passer sur la roue d’un véhicule. Deux fois si possible.

Et c’est là qu’on a un gros problème.

22 octobre 2015. Avec la p'tite brise pis le coucher du Soleil, c'était parfait. LG Nexus 5.

Voyez-vous, quand on vit en société, il est évident que des tensions vont survenir entre divers groupes dont les opinions divergent. Mais à quel point peut-on souhaiter la mort d’un de ses concitoyens, simplement parce qu’il utilise un moyen de transport alternatif et qu’il tente du mieux qu’il peut de se rendre quelque part en un morceau? C’est comme si, étant amateur de pain brun, je souhaitais la mort des amateurs de pain blanc parce qu’ils prennent de la place dans la rangée des pain tranchés, MA rangée à MOI.

Ça sonne ridicule? C’est ridicule.

Certes, je comprends celles et ceux qui n’ont d’autre choix que d’utiliser un véhicule automobile pour se déplacer. Mais pour plusieurs, le «char» est un luxe qui pourrait être remplacé ou utilisé conjointement à des moyens de transport alternatifs tels l’autobus et, justement, le vélo.

Les vélos ne restent pas toujours dans les pistes cyclables pour plusieurs raisons. Je vous donne un exemple : quand une automobile se déplace relativement rapidement, elle déplace beaucoup d’air. Ce déplacement d’air nettoie la chaussée de tous les déchets qui pourraient s’y retrouver, comme des éclats de verre, des vis et des clous, des roches, des morceaux de caoutchouc, des verres de Tim Hortons, etc. Ces déchets peuvent alors être déplacés dans la piste cyclable adjacente à la route.

Vous comprendrez que c’est pas super agréable de faire du slalom entre des bouteilles de bières cassées et des agrafes en même temps d’assurer ta survie sur deux roues. On peut ajouter que certaines pistes cyclables sont simplement peu entretenues, que plusieurs sont bloquées par des véhicules stationnés, que des piétons les utilisent à 2 de large, qu’elles peuvent être remplies de flaques d’eau, mais aussi, que les automobilistes passent un peu trop près.

Cette dernière raison-là, c’est souvent pour laquelle les cyclistes prennent la même voie que les automobilistes. En prenant la voie, justement, ça assure la sécurité du cycliste parce que l’automobiliste osera pas le dépasser à gauche ou à droite. Ainsi, le véhicule reste sagement derrière le cycliste, qui se sent pas mal plus en sécurité que quand il se fait frôler par un miroir à 2 pouces de l’oreille gauche.


Autre chose : à travers mes déplacements quotidiens (à vélo, en autobus ou en auto, parce que oui, la grande majorité des cyclistes sont aussi des automobilistes), je remarque qu’il n’y a souvent qu’une seule personne dans les véhicules en circulation. C’est beaucoup d’espace gaspillé, espace qui pourrait être sauvé en utilisant un moyen de transport alternatif. Mais bon, comme j’ai déjà écrit plus haut, certains sont obligés d’utiliser un véhicule automobile pour se déplacer. Les autres?

Essayez donc.

Juste une journée. Une journée où il fait beau. Pas trop chaud pour pas suer. Genre une journée d’automne où y’a un p’tit vent ben confortable. Vous allez voir, vous allez comprendre pourquoi c’est donc l’fun de faire du vélo.


C’est pas normal qu’en 2015 au Québec, on s’envoie promener pour ça. C’est absolument inacceptable qu’il soit devenu banal de détester les cyclistes, et inversement, inacceptable qu’il soit de mépriser les automobilistes simplement parce qu’ils conduisent un char. Comme si être au volant d’une masse de métal de quelques tonnes donnait un laissez-passer gratuit pour en éfouèrer deux-trois sur le chemin. Comme si enfourcher un vélo permettait de jouer la victime.

Je concède : des morons sur la route, y’en a partout. Autant chez les cyclistes que chez les automobilistes. Mais justement : faut arrêter de se mettre une étiquette dans l’front pis de mépriser ceux qui ont une étiquette différente. Personne n’est uniquement «cycliste» ou «automobiliste» dans la vie. En arrière du moyen de transport, j’ose croire qu’on est tous des êtres humains capables de compassion et de respect pour les autres.


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